28 mai 2013

Chantal Archambault à Stéréo-Séquence


Chronique sur Chantal Archambault
Stéréo-Séquence, le 13 février 2013 (mis en ligne en mai 2013)
http://stereo-sequence.com/episodes/ep51/


Draperies
Feu de foyer
Tapis
Lampes tamisées

Quelques âmes
Éparpillées
Se mouillent
Le gosier

Boules multicolores
Sur fond vert
Paillettes de lumière
En guise de décor

Petite demoiselle
Elle se pointe, guillerette
Son sourire
Creusant deux fossettes

Juchée sur une chaise
Sa guitare en bandoulière
La lueur des flammes
Sur ses cheveux de braise

Ses doigts dansent sur les cordes
Ses yeux se ferment parfois
Sa voix se casse sur Les ébats
Elle chante l’amour maladroit

On se laisse doucement bercer
On rêve de grands espaces
Là où les herbes sont hautes
Là où les vagues fracassent la côte

Avec elle, chevaucher le temps
Et les routes empoussiérées
Le pied dans l’étrier
La crinière au galop

Rythme effréné
De la cité qui s’impose
Déjà, c’en est terminé
De cette charmante prose

On se fait la bise
On jase un brin
Et fusent quelques promesses
De lendemains


– Julie Bouchard

28 janvier 2013

Avec pas d'casque à Stéréo-Séquence

Chronique sur Avec pas d'casque
Stéréo-Séquence, le 17 novembre 2012

Samedi, 9h. Le sommeil tente de me faire rester au lit. J’ai faim d’une matinée bien grasse, au chaud sous les couvertures avec mon homme. Mais quand je me rappelle pourquoi la paresse n’est pas de mise aujourd’hui, je me dis qu’il y a des réveils pires que ça dans la vie.

Parce qu’en ce matin ensoleillé, je vais avoir la chance d’entendre (et de voir) un de mes bands préférés interpréter une nouvelle toune.

Les garçons me donnent rendez-vous à la Coop Le Bloc5, à Limoilou. Coopérative d’artistes en arts visuels, Le Bloc5 est avant tout un lieu de travail. Et ça se voit. Le local croule sous le matériel (et les matériaux) : bois, pots de peinture, maquettes, sculptures grandeur nature autant que miniatures... Un vrai capharnaüm. Mais c’est ultra sympa. Et je suis bien accueillie par Jean-Robert Drouillard, un artisan épatant qui assez de talent pour transformer un morceau d’arbre en œuvre d’art.

Donc, c’est bordélique mais sympathique, et malgré la basse température qui règne dans le local, l’ambiance est chaleureuse. Je tente tout de même de me réchauffer avec un thé, pendant que les membres de la formation qui a rempli le Cercle à sa pleine capacité la veille se font juste un petit peu attendre, en train de déjeuner quelque part en ville. Les garçons, eux, tentent de s’en remettre, du show de la veille (#tropbudebières).

C’est drôle, tout le monde semble avoir trop fêté hier. Espérons que les musiciens d’Avec pas d’casque seront en forme…

Il s’avère qu’ils ont l’air plus guilleret que nous. L’habitude, j’imagine.

Ils font leur entrée, et je dois avouer que je suis un peu gênée. Il y a toujours ce moment flou entre l’arrivée des artistes et la rencontre, qui se fait au gré des notes qui s’égrènent devant la caméra. Mais j’imagine qu’ils doivent ressentir pas mal plus de timidité que moi, qui n’ai qu’à m’imprégner de l’expérience et à le décrire en mots, sans public pour me dévorer des yeux.

Les instruments et leurs maîtres s’installent. Je retiens un fou rire en voyant celui qui tintera de ses bâtons l’imposant vibraphone : il se délecte d’un Ring Pop… Vous savez, cette fameuse bague-bonbon en forme de diamant que l’on portait au doigt quand on était petit? Il le garde à son auriculaire, même pendant qu’il joue! Des souvenirs d’étés passés au terrain de baseball, à dépenser mon p’tit change au «batstop», jaillissent de ma mémoire. Ça me rend un brin nostalgique.

Je retiens mon souffle. La musique remplace le silence qui s’était installé.

Le voyage commence.

La prestation est divinement envoûtante et m’emporte vers un champ étoilé, loin, là où le ciel orangé de la ville n’existe pas, où le chant des grillons nous berce. Ou encore mieux, celle de Stéphane Lafleur, enveloppante et belle, sa langue récitant des mots simples mais magnifiques, chargés de sens. C’est magique. Le lap steel ajoute à la mélancolie de Walkie-talkie, tandis que le baryton lui apporte un côté plus sombre, le tout parsemé de quelques notes de vibraphone et de battements de cœur.

Je sens qu’elle va réchauffer mon hiver, et je sais qu’elle jouera en boucle l’été prochain, dans le coin de Tadoussac, ou encore sur la route vers la Gaspésie

En attendant, je fais un arrêt au dépanneur. Et hop, un Ring Pop.

Julie Bouchard

16 octobre 2012

Monogrenade à Stéréo-Séquence


Chronique sur Monogrenade
Stéréo-Séquence, le 13 octobre 2012
http://stereo-sequence.com/episodes/ep46/

C’est entre les murs de l’Établi que Stéréo-Séquence jette l’ancre pour le tournage de Monogrenade. Espace dédié à la création et à la diffusion de la photographie et des arts médiatiques visant surtout les artistes de la relève, le lieu colle bien à ces jeunes prodiges qui, même si on ne peut plus vraiment qualifier leur band d’«émergent», s’inscrivent parfaitement dans ce courant de pop indé qui déferle sur Québec et qui nous réconcilie avec la musique francophone.

Pendant que les gars installent l’équipement, mes yeux s’accrochent aux œuvres qui tapissent les murs de la galerie. J’imagine les toiles colorées s’imprégner des mélodies qui vont bientôt nous caresser l’ouïe. De l’art mur à mur. Elles vont prendre de la valeur, c’est sûr.

Le groupe débarque avec un camion de location. Ça en prend de l’espace pour ranger tous les instruments qui vont occuper la scène du Cercle plus tard en soirée. Un peu moins pour le tournage ici, mais tout de même : 2 violons, 1 violoncelle, 2 guitares acoustiques, 1 floor drum, 1 xylophone… Et 6 musiciens.

Étienne s’installe en haut des escaliers pour filmer l’arrivée du groupe. Des «oh» et des «wow» fusent ici et là : ils aiment. Faut dire que l’ambiance est particulièrement cosy, avec comme seul éclairage quelques projecteurs diffusant une douce lumière sur le bar, avec le mur de brique derrière… C’est chaleureux, c’est comme si on était reclus dans un chalet quelque part en forêt, entre deux montagnes, sous un ciel déversant de gros flocons… Et Monogrenade dans le salon qui nous fait une prestation. Ma-la-de.

Les cordes se réchauffent. C’est tellement beau, le mariage du violoncelle et des violons. Les guitares s’activent, les voix s’harmonisent : c’est le coup d’envoi de la première pièce, M’en aller. L’envoûtement commence. C’est tout doux, presque chuchoté, et plus la chanson avance, plus les instruments prennent de l’ampleur. Et lorsque les baguettes se démènent sur le floor drum, on assiste à un decrescendo de cordes, une distorsion bien calculée de sons inquiétants et ténébreux. Puis, en finale, c’est l’explosion, et tout s’arrête. Grandiose.

Le band est réchauffé, ils n’ont pas envie de s’arrêter. Ils y vont avec la pièce-titre de l’album, Tantale. Je suis contente, j’aime beaucoup le texte de cette chanson et je suis curieuse de voir de quelle façon ils vont la rendre de façon acoustique. Même si quelques uns d’entre eux ont une certaine crainte d’oublier des mots, c’est totalement réussi et on assiste à un autre moment de grâce.

Les français capotent sur Monogrenade, je réalise ce soir pourquoi. Un son rond, plein. Des harmonies de cordes et de voix ensorcelantes. Des arrangements hypnotiques. Une belle cohésion au sein du groupe. Et un amour grand comme ça pour la musique. Ça émane de chacun d’eux et ça nous rentre dedans. On en prendrait encore. Mais surtout, on aimerait en faire partie.

Bernard Adamus à Stéréo-Séquence


Chronique sur Bernard Adamus
Stéréo-Séquence, le 28 septembre 2012
http://stereo-sequence.com/episodes/ep44/

Vendredi, heure de pointe. Je me dirige péniblement vers le Petit Champlain : même à vélo, je dois me coltiner le pare-choc contre pare-choc, prise dans un bouchon monstre. J’ai rarement vu autant de trafic dans le coin à ce temps-ci de l’année. Est-ce à cause des bateaux de croisières qui accostent au port depuis une semaine? En tout cas, c’est probablement ces immenses condos flottants qui déversent autant de touristes dans le quartier en cette fin septembre.

Je débarque au Théâtre Petit Champlain. On me dirige à l’arrière-scène. Me voilà dans l’antre des artistes pour la toute première fois. Je suis un peu (pas mal) impressionnée. Et gênée : les gars ne sont pas encore arrivés. Courageusement – mais fébrile en dedans –, je me présente à Nathalie du label Dare to Care et m’incruste dans l’univers scénique de Bernard Adamus, qui foulera les planches de cette mythique salle de concert deux soirs pour nous présenter N° 2, son… deuxième album.

Je ne sais pas trop quoi faire en attendant. Je me cale dans le sofa de la loge, écris un peu, défile sans intérêt les actus Facebook. J’ai pas envie mais je vais aux toilettes. Je vais épier du côté de la scène pendant le test de son. L’évier déborde de bières froides, je me retiens pour ne pas en caler une. Et puis Jimmy m’envoie un texto : lui et le reste de la bande sont enfin arrivés. Soulagement.

Vite, vite, vite. Faut installer le matos. Adamus a une entrevue à faire après sa prestation pour Stéréo-Séquence. Et il a faim. Et il a sûrement très, très soif. La captation se fait à la mezzanine. C’est intime, feutré : l’ambiance parfaite pour Fulton Road, qu’il interprète magnifiquement, one shot. Sa voix, puissante, juste; ses doigts qui égrènent les notes de sa guitare mélancolique. Et en sourdine, un solo de trompette interprété par Jérôme Dupuis-Cloutier en bas sur la scène. Je suis envoûtée et tout le stress pour en arriver à ce moment s’est subitement envolé.

Le temps. C’est ce qui ressort de cette expérience avec Bernard Adamus. Le temps qui s’étire, l’attente. Le temps qui se contracte, qui déboule à une vitesse folle, qui nous prend en otage. Le temps, ça se résume aussi à une heure pris dans le trafic pour dix minutes de tournage.

On a eu chaud, Jay s’est battu avec son objectif, Étienne a eu envie de mourir un peu, mais au final tout le monde était content. Pis maudit que la bière était bonne. Ça valait le coup d’attendre.